• La vie  
  • La salinité et le pH  
  • Le "trou sans fond"  
  • La bathymétrie  
  • Les passes  
 
LE LAGON
Le "trou sans fond"
  Introduction 
Le lagon abrite au Sud-Est une formation particulière, entourée de mystère: le "trou sans fond". C’est un véritable puits de 240 m de diamètre dont la profondeur reste, aujourd’hui encore imprécise. Il fut sondé à plusieurs reprises : en 1967, une mesure effectuée au plomb de sonde révèle 34 m; en 1976, la profondeur mesurée à l’aide d’un échosondeur est de 47 m ; une seconde mesure réalisée la même année, à nouveau au plomb de sonde, permet de laisser filer toute la longueur du câble disponible, soit 92 m… sans toucher le fond, apparemment!
De la même façon, l’origine de cette cavité est incertaine. Des vapeurs d’hydrogène sulfuré (H2S) s’en échappent: serait-ce là l’indication de l’origine volcanique du «trou sans fond» et peut-on penser qu’il s’agit d’un ancien cratère? Non, car le profil de la cavité semble bien différent de celui d’une cheminée volcanique. Il rappelle ce que l’on nomme, dans les Causses et les pays karstiques, les avens.
Peut-il alors s’agir du résultat de l’effondrement de la voûte calcaire du «Grand Récif» qui, mis au sec lors de la dernière glaciation (il y a environ 20 000 ans), aurait été érodé par les précipitations? Cette hypothèse est aujourd’hui abandonnée, car le Grand Récif n’existait pas encore ou du moins sous cette forme, puisqu’il n’a que 3000 ans d’âge.
Les prélèvements ainsi que des plongées sous-marines ont mis en évidence, entre 34 et 40 m, un épais dépôt organique constitué de plancton et de débris végétaux en décomposition. Cette décomposition est suffisante pour expliquer la forte odeur de H2S se dégageant du trou sans fond. À l’instar des «trous bleus» (Blue holes) des Bahamas, peut-il alors résulter de d’une érosion karstique par simple dissolution du calcaire. C’est en effet ce qui se produit actuellement du fait du chimisme de l’eau (pH 5 à –15m): toutes les coquilles mortes qui jonchent le fond sont très friables et en voie de dissolution. Pas d’effondrement donc, mais une simple érosion due aux conditions locales très agressives de l’eau de l’ancien lagon devenu lac. Ainsi la partie centrale du lagon a acquis avec le temps l’aspect d’un puit: «le trou sans fond».
 
Le trou sans fond
© Jean-Louis Etienne