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BANQUISE : GLACE DE MER
Une
couche de glace à la surface de la mer
En fin dété,
le froid polaire sinstalle, parfois brutalement (40°C);
la surface de locéan se refroidit. Quand elle atteint 1,8°C,
les premiers cristaux de glace se forment. Une fois la surface gelée,
leau de mer se trouve isolée de lair froid et le processus
se ralentit. La banquise sépaissit alors lentement, par sa
face inférieure, jusquà atteindre environ 2 mètres.
Douce
ou salée ?
En gelant, leau
de mer forme une imbrication de cristaux de glace deau douce et
de gouttelettes de saumure. Durant lhiver, ces gouttelettes salées
se regroupent, dessinent des réseaux plus larges, puis des poches,
et migrent vers le bas, avant dêtre rejetées en mer.
Ainsi, en vieillissant, la banquise sadoucit.
Ainsi
vit la banquise
Au cur de
lhiver, la banquise sétend sur près de 15 millions
de km2, dont près de la moitié fondra durant lété.
La partie restante persistera 2, 3, 4 ans ou plus et son épaisseur
atteindra alors 4 à 5 mètres. Pendant ce temps, cette croûte
de glace traversera lOcéan Glacial, emportée par les
courants : cest la dérive arctique.
Un
radeau chaotique
La banquise nest
quune fine coquille duf comparée aux 4000 mètres
deau sur lesquels elle flotte ! Emportée par les courants,
harcelée par les vents, sans cesse elle se brise, souvre,
se chevauche, créant, ici, des chenaux deau libre, là
des rides de glace dont la crête peut atteindre une dizaine de mètres
de haut.
Le
début de la prise
La nature de la première glace dépend de létat
de la mer. Par temps calme, de grands cristaux en forme daiguilles
sorientent parallèlement et forment une couche de 1 à
2 cm dépaisseur en surface (une " soupe " glacée).
Si la mer est agitée, de petits cristaux se développent
en tous sens sur parfois un mètre de profondeur, constituant une
épaisse couche visqueuse : le frasil. Cest ensuite seulement,
que la congélation commence en surface. Cette prise peut durer
de 9 à 36 jours.
Quand
la glace sépaissit
Tant que la glace est fine, houle et vents la fragmentent en " crêpes
", qui finissent par se souder et former la jeune banquise, capable
alors de retenir la neige. Il faut plusieurs semaines pour que la glace
atteigne 60 cm dépaisseur. En chassant lentement bulles dair
et saumures, la glace se compacte, sadoucit, devient bleue et translucide.
Au
cur de la glace
En arctique, la salinité de la mer varie en surface de 32 à
33 g/l (contre 35 en moyenne pour locéan mondial). Les premiers
cristaux de glace forment de petites lamelles d1 millimètre
dépaisseur et dinfimes gouttelettes de saumure (une
dizaine de micromètres) sont piégées dans ce réseau
cristallin. La jeune glace de mer emprisonne ainsi jusquà
22 g/l de sels. Leau de mer contient également des impuretés
et des bulles dair, piégées aussi dans la glace.
Une
agitation permanente
Sous leffet des vents, des courants, des marées, la banquise
de fragmente et se reforme sans cesse. Ici, des chenaux deau libre
souvrent, ainsi que des sortes de lacs intérieurs (polynies)
dus à des remontées locales deau moins froide. Là,
les fissures se referment.
Les collisions entre les fragments créent des rides de glace comprimée,
dont la crête peut atteindre 10 mètres et la quille s'enfoncer
jusquà une soixantaine de mètres !
Près des côtes, la banquise est aussi façonnée
par les marées, les apports deau douce, les courants littoraux,
lexposition au vent ou au soleil. Une banquette de glace, posée
sur le fond, reste attachée à la côte. Cette "glace
riveraine" peut être plus épaisse que la banquise elle-même
et sancrer au fond ; au large, elle se prolonge par une bande de
"glace fixée" (en anglais fast ice), qui peut survivre
plus de 10 ans. On y trouve parfois quelques icebergs prisonniers.
Lorsque vient la fonte
Fin mai, la neige et les premiers centimètres de glace fondent,
formant des mares à la surface de la banquise. Cette eau réfléchit
moins lénergie solaire que la glace nue et se réchauffe
plus vite, accélérant localement la fonte. Lorsque la banquise
se fracture, de grands pans se libèrent (floes) puis se déplacent
au gré des courants Cest la débâcle. Au centre
de locéan Arctique et le long des côtes abritées,
la banquise ne dégèlera pas.
Le grand ballet de la dérive
arctique
Le puzzle glacé de locéan Arctique suit, au fil des
mois, le mouvement général des eaux qui le portent. Cest
la dérive arctique.
La banquise se déplace selon deux courants principaux : une large
boucle cyclonique, centrée vers 80° N155° W et une
longue dérive qui traverse locéan, du détroit
de Béring à la côte groenlandaise. En moyenne, la
glace peut tourner 5 ans dans la boucle arctique, tandis quun bloc
mettra environ 3 ans pour suivre le courant central trans-arctique.
La dérive arctique a été découverte grâce
aux débris de lépave de La Jeannette (1881) retrouvés
3 ans plus tard à des milliers de kilomètres du lieu de
naufrage. Nansen avec le Fram en 1893-1896 et Papanine en 1937 ont utilisé
cette dérive.
Étudier la banquise
Chenaux, crêtes de, glaces de salinité et dâges
différents, pulsation saisonnière, dérive : toute
la vie de la banquise est suivie par les scientifiques grâce aux
stations dérivantes installées sur la glace, aux balises
et aux satellites.
Naviguer dans la banquise
La concentration de
la glace de mer est exprimée subjectivement en dixièmes
de surface marine occupée ; ainsi, un pack de densité
9/10 ou 10/10 est impénétrable - sauf par de puissants
brise-glace - , tandis que l'Antarctica pouvait commencer à
évoluer dans du 4 ou 5/10.
Photo
: L'Antarctica pris dans les
glaces au Spitzberg. © F. Latreille/Septième continent.
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LE COIN DES PHYSICIENS
La couche deau superficielle de locéan Arctique
est particulièrement favorable à la congélation,
car elle est adoucie par lafflux deau relativement peu salée
du Pacifique Nord et leau douce des grands fleuves boréaux.
" Alourdie " par la baisse de température hivernale en
surface, cette eau devrait plonger vers le fond ; or, en Arctique, une
couche deau beaucoup plus salée donc plus dense
bloque cette plongée et oblige leau de surface à rester
plus longtemps en contact avec lair froid.
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"Un phénomène
spécifique des hautes latitudes est "la mer qui fume",
produite, généralement, en hiver par l'arrivée
d'un air très froid sur une mer relativement chaude : l'évaporation
intense qui en résulte à toutes les apparences de
la fumée."
(Géotratégie de lArctique -
Economica, 1992)
Photo
: La mer qui fume. © F. Latreille/Septième
continent.
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Plus la glace est épaisse, moins la conduction de la chaleur -
donc le taux de congélation - est bonne. " Dans les chenaux,
les taux de congélation sont de quelques centimètres par
jour, alors qu'une glace épaisse à un taux de croissance
plus proche du millimètre par jour (
) : un effet compensateur
de la thermodynamique qui tend, d'un côté, à combler
les zones d'eau libre (
) et de l'autre, à limiter la croissance
à la base des crêtes de déformation. " (locéan
planétaire Sciences et avenir 1994)
Puisque le gel immobilise des molécules d'eau liquide jusqu'alors
en mouvement (agitation thermique), la prise de la banquise libère
une quantité d'énergie correspondant à cette agitation
initiale ; ce qui réchauffe lair ambiant ! Cette énergie
sera à nouveau nécessaire pour que se réalise la
fonte - c'est-à-dire remettre ces molécules d'eau en mouvement.
La fonte d'un gramme de glace à 0° C consomme près
de 70 calories (chaleur latente de fusion), soit 8,5 fois moins d'énergie
que l'évaporation d'un gramme d'eau liquide vers 20° C (chaleur
latente d'évaporation).
Par définition, 1 calorie est "la quantité de
chaleur nécessaire pour augmenter de 1° C la température
de 1 gramme d'eau" ; elle est fournie par un travail de 4,186 joules,
et un travail de 1 joule par seconde équivaut à 1 watt.
La densité des glaces de mer se situe dans une fourchette
assez large, en fonction des sels et de l'air contenus : entre 0,857 et
0,920. Ce qui assure une flottabilité confortable dans une eau
de mer arctique dont de densité 1,024 à 1,026.
Le coefficient de dilatation des glaces de mer joue un rôle
important dans l'évolution de la banquise. Contrairement à
celui de la glace pure, il varie considérablement avec la température.
De plus, chaque sel dissous - au sens chimique du terme - réagit
différemment à la congélation. Il résulte
de ces phénomènes des tensions, parfois très fortes,
au sein de blocs où se juxtaposent des glaces de salinités
différentes.
UN PEU DE VOCABULAIRE
| Bourguignons
: |
Nom français
des growlers, petits débris de glaces flottantes, indétectables
par radar. |
| Crêpes
de glace : |
Pancakes pour
les Anglais et blinis pour les Russes ! |
| Hummocks : |
Nom inuit
des amoncellements de compressions. |
| Frasil : |
Première
couche de mélange deau et de glace ; salo, saindoux,
en russe, et grease, graisse, en anglais, à cause de son aspect. |
| Leads : |
Chenaux deau
libre, en anglais. |
| Floes : |
Fragments
de banquise anguleux, relativement plats, d'au moins quelques mètres
de côté, pouvant parfois atteindre plusieurs dizaines
de kilomètres. |
| Pack : |
Autre nom
de la banquise ; ne pas confondre avec les plates-formes de glace
flottantes, véritables pans de glacier continental, atteignant
la mer. |
| Polynies : |
" lacs
" deau libre. |
| Sorbet : |
Mélange
deau de mer et de glace, après le frasil ; slush en anglais. |
| Stamoukhi
: |
Nom inuit
des surépaisseurs de glace ancrées au fond |
| Torros : |
Nom russe
des stamoukhi |
| Growlers : |
(voir bourguignons) |
JEAN-LOUIS ETIENNE SUR LA BANQUISE
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Photo
: Jean-Louis Etienne tirant son traineau
sur la banquise lors de sa marche en solitaire vers le Pôle
en 1986.©
B. Prudhomme
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C'est sur cette mer d'obstacles glacés que Jean-Louis Etienne
a marché, seul, en tirant son traîneau, pour atteindre
le pôle Nord, en 1986.
" Par moments la banquise se soulève sous mes yeux ; les
plaques entrent en collision, sappuyant les unes contre les
autres avec dinquiétants grincements. Il arrive même
quelles se dressent comme des murs, pour seffondrer ensuite
dans un vacarme sourd qui se propage sur des kilomètres. Parfois
une soudaine explosion et la banquise se lézarde, les plaques
sécartent laissant apparaître un sinistre zigzag
noir : cest leau glaciale de lOcéan Arctique
! Dabord, elle sévapore en un rideau de brouillard
et puis, dès que la fissure est stabilisée, elle gèle
de nouveau. " (Les pôles Arthaud,
1992)
Lors de la mission antarctique Erebus, en 1994, lAntarctica
est resté de longs jours prisonnier de la banquise, particulièrement
compacte en mer de Ross cette année-là. Léquipage
recherchait les éventuels passages en épiant la couleur
du ciel, localement plus sombre au-dessus des chenaux deau libre.
Solution inattendue : se faufiler sur les traces dun brise-glace
américain ! |
LE SAVIEZ-VOUS ?
- Un des procédés de dessalement de leau de mer utilise
le gel. En effet, la congélation de leau salée, si
elle est suffisamment lente pour éviter les inclusions de gouttelettes
de saumure dans la glace, donne de la glace pure.
- Les climats des régions recouvertes de glaciers ou de banquise
sont des climats secs, car la glace émet beaucoup moins de vapeur
que l'eau, dans une atmosphère à basse température.
- Lors de la prise des glaces, la force de compression est si importante,
quelle
peut broyer la coque dun navire (naufrages de la Jeannette en Arctique,
de lEndurance en Antarctique, etc.)
même dun pétrolier
!
- Pour les polaires anglais, ladoucissement de la banquise sexprime
ainsi : "la glace de mer d'un an n'est bonne à rien, celle
de deux ans est bonne pour la cuisine et celle de trois ans, bonne pour
le thé ! ".
Les pulsations de la banquise
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Banquise
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Eté
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Hiver
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| Arctique |
8 millions
de Km2 |
15 millions
de Km2 |
| Antarctique |
20 millions
de Km2 |
4 milions
de Km2 |
Bibliographie :
- LArctique et lenvironnement boréal (P. Avérous
CNDP, 1995)
- Les Pôles (J.-L. Etienne - Arthaud - La Nouvelle Odyssée,1992)
- Géostratégie de l'Arctique (Amiral Besnault-Economica-1992)
- La géographie de l'océan (J.-R. Vanney-Oceanis-1991)
- L'océan planétaire (Sciences et avenir, Hors série
n° 98-1994)
- L'homme et le climat (J. Labeyrie-Denoël-1993)
- Oceanus (Woods Hole Oceanographic Institution-1986)
- The Nordic Seas (Burton G. Hurdle Ed., Springer-Verlag-1986)
- Encyclopedia Universalis
Autres sites à visiter
POLAR SEA-ICE ATLAS de lIfremer :
http://www.ifremer.fr/cersat/ACTIVITE/CEO/IMSI/F4I_HTML/E_BROWSE.HTM
Institut Polaire Norvégien (Norsk Polarinstitutt) :
http://www.npolar.no/
Institut de recherche arctique et antarctique de Saint Pétersbourg
(en anglais) :
http://www.aari.nw.ru/
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